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Ça y est, c'est le point de chute. C'est dès maintenant que j'ai décidé de devenir moi-même. À travers la vie de fous, petite pause pour se reconnecter avec les vraies affaires...

samedi 18 juin 2011

L'enfant miracle

Miracle:
Nom masculin.
Fait inexplicable pour la raison humaine que l'on suppose d'origine surnaturelle;
Fait extraordinaire, chance inattendue.

Je suis un enfant miracle. 
Née malade, on ne me donnait aucune chance. Ma sortie était prévue par la Grande Porte. 
Une maladie digestive.
Ma sortie de l’hôpital à la naissance n'a été que de courte durée. Puis, ponctuée d'entrées et de sorties sporadiques.
Ma maman était présente, mon papa n'est jamais venu me voir à l’hôpital. Trop difficile, pénible.
Pourquoi s'attacher à un enfant qui nous sera assurément enlevé sous peu. Chacun sa façon d'affronter sa peine.

À la maison, mon landau était installé dans la baignoire. Trop malade. Même n'étant qu'une mini puce, trop petite pour mon age, je pouvais provoquer un déluge gastrique à plusieurs mètres. C'était plus simple ainsi.
Je ne pouvais presque pas manger, alimentée par un soluté ou un gavage malodorant.
J'ai appris à marcher avec un poteau de soluté planté sur la tête.
Je n'ai que deux photos de moi bébé, souriante et le regard bleu pétillant. Aucune avec mon père, ma mère, ou ma grande soeur. On n'en a pas pris, ou on s'en est débarrassé à l'annonce de la fatalité. 
J'avais près de deux ans quand on m'a sortie de mon deuxième chez-moi pour retourner à la maison, et avoir un peu de répit avant mon départ. Mon père a quitté la maison, je ne l'ai presque jamais revu par la suite.
Et moi, je ne suis jamais partie, vous l'aurez deviné. Sans traitement, je suis devenue l'enfant miracle. 

Et il y a eu des manques. Des séquelles. Des cicatrices.

Le bébé exprime son inconfort par les pleurs. C'est son mode de communication. Il ne sait pas pourquoi il le fait, mais il le fait point. Il comprendra plus tard la source et s'exprimera de la meme façon, avec une compréhension de ses agissements, puis par les paroles, il exprimera ses besoins.
Signes de son inconfort, de la faim, trop chaud, trop froid, de la douleur, d'une couche pleine, ou simplement d'un besoin affectif. Le parent, quand l'enfant pleure, se rendra à son chevet,  à l'affut de la source des plaintes:
- Pourquoi tu pleures? Tu dois avoir faim hein? Ouais, t'es du pour boire.
Il le prendra pour le cajoler, lui donnant son boire, portant sur lui un œil aimant et attendri, heureux d’être source de réconfort.
C'est ainsi que l'enfant apprend à identifier clairement ses besoins et à les exprimer de la même façon.

Je n'ai pas appris.

Comme tout les bébés, je pleurais. Et on savait pourquoi. J'avais faim, j'avais mal, j'avais besoin de l'affection de ma famille.
On ne pouvait ni me nourrir, ni me soulager, ni me prendre dans ses bras. Aucune solution ne s'offrait pour combler ces besoins. J'ai appris que mes besoins ne pouvaient pas être comblés. Qu'on ne pouvait guère soulager ma peine. Comme plusieurs dans mon cas, j"ai appris l'auto-guérison, l'auto-satisfaction...
J'ai été l'instigatrice, bien involontairement, de beaucoup de peines, de douleurs, de soucis, de tension de maux, et de déception.

Et puis...Tout est disparu.

Je suis devenue l'enfant miracle. Sauvée de la cru des eaux in extremis.
Je suis devenue source de joies, de plaisirs, de renouveau, d'attentes positives.
Out la douleur, la peine et la faim.
Out les soucis, les problèmes et les maux.

L'enfant miracle, source de bonheur, venait de voir le jour. 
L'enfant malade a été mis en terre, pour de bon.
Le problème...comment peut-il y en avoir un? Maintenant que tout est règle?

C'est l'enfant malade qui a appris.
Appris à combler seul ses besoins, en persistant à époumoner ses manques en vain.
Six feet under, le cri est demeuré sans réponse.
L'enfant miracle a continuer d'apprendre, donnant une suite logique à ce qu'on attendait de lui.
Un enfant miracle doit faire et être comme les autres.
Remercier la vie d’être en vie, être heureux, faire la joie de ses pairs, sourire.

Ma tête d'enfant a fait ses déductions.
Ce n'est pas de ne pas avoir de nourriture qui est mal, puisqu'inconnue, c'est avoir faim.
Ce n'est pas la source de la douleur qui est mal, c'est la douleur elle-même.
Ce n'est pas d’être consolée qui est mal, c'est d'en avoir le désir.

Je n'ai donc pas été une enfant pleurnicharde. La douleur, c'est pour les faibles.
Un enfant miracle est toujours fort.
Je faisais la fierté de mes parents. Une enfant enjouée, jamais triste. Toujours souriante.
Affectueuse, je recherchais les caresses. Je récoltait les meilleures notes. J'étais le clown de la famille.
Moulée sur mesure s'évertuant à satisfaire l'autre. 
Solitaire, je me cachais dans mon garde-robe lorsque ça n'allait pas.

Un enfant miracle ne dit jamais qu'il ne va pas bien. 
Il sait trop bien que c'est mal. Il oublie ses désirs, ses besoins. Il n'en a plus. 
L'enfant malade est mort qu'on lui a dit. Aucune logique que l'enfant miracle ne soit pas comblé.
Il persiste à hurler en silence se refusant à être l'origine du chagrin de l'autre.

L'enfant miracle ne se fie qu'à lui-même et exprime ce qu'on attend de lui.
Il souffre en silence, attendant l’œil attendri et les bras réconfortants qui sauront reconnaitre sa peine.
Ouvrant la porte avec un désir sans nom de la refermer, de crainte qu'on voit que l'enfant malade, le faible, celui qu'on croyait mort se retrouve seul à nouveau, incompris, dépourvu et ne sachant trop la provenance exacte de ses pleurs ni comment les soulager, se disant qu'il vaut mieux être seul que mal accompagné. Se disant qu'il est bien probable que personne ne veuille de lui. Il a peur d’être de nouveau abandonné. 

Je suis une combattante. Je cherche. Je lutte.  Je suis en guerre contre les deux:
Ni malade, ni miracle. Je suis en quête. Je recherche l'équilibre.
Un pied dans le vide, je commence à réaliser que j'ai besoin de l'autre pour m'aider à le trouver. Je dois enlever le loquet, affronter mes peurs. Laisser entendre mon cri. Cesser d’être... et devenir.
Et j'ai peur de ce besoin.
Peur que la main tendue me griffe.
Peur de rencontrer un sourd.
Peur qu'on m'oublie de nouveau six feet under.
Peur qu'on ne désire que l'enfant miracle.
Peur de recevoir une nouvelle pelletée de terre.

5 commentaires:

  1. Il ne faut pas avoir peur de rechercher l'équilibre car la peur bloque tout avancement dans la vie... Et moi j'adore "hélène" peut importe qui elle est ou qui elle a été c'est mon amie et je l,aime xxx Ce que je sais c'est que c'est un miracle d,avoir un amie comme toi

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  2. caroline Boivin19 juin 2011 à 17:21

    Je me rends compte avec le temps que les gens qui m'entourent me ressemblent. Sans le savoir parce que plusieurs le cache très ou trop bien.
    C'est vrai, ça fait peur de se rendre à l'évidence que c'est correct d'avoir besoin des autres surtout quand pour nous protéger, on s'est forgé dans le mantra: j'ai pas besoin de personne, dit-elle du haut de ses 3-4....25...30 ans. C'est difficile, ça prends du temps..du courage. Ça prends du courage être heureuse, mais que ça vaut la peine.
    Continue, tu es sur la bonne voie.
    Je t'aime fort même si je te le dis jamais

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  3. Réflexion, réflexion, réflexion!!!
    C'est gentil. Merci San et Caro! xxx

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  4. Il ne faut pas avoir peur de sortir l'enfant malade, de le laisser paraître, il est en toi, trop souvent oublier au profit de l'enfant miracle, bien involontairement parfois. Il ne faut pas cacher ce qui a fait de toi ce que tu est devenue, laisse de côté les craintes et angoisses qui peuvent accompagner cet état. N'ai pas peur, je serai toujours là pour t'accompagner et te supporter, peut importe le côté qui ressort, tu est exceptionnelle et j'adore partager ma vie avec l'exception.

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  5. J'aime beaucoup cette histoire très émouvante. Je vois aussi cette espèce d'inquiétude qui transparaît encore et que tu décris fort bien.
    En tant qu'ancien enfant-miracle (pour d'autres raisons), je comprends bien des choses qui m'avaient échappé à l'époque de ma guérison.
    Bien à toi,
    sébastien h.

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